Ceci est une ancienne révision du document !
Table des matières
Claire Victor-Berthemet : Qu'est-ce qu'apprendre ?
Claire Victor est chargée de mission expertise et développement pour le Groupe PB Cambrai.
Claire Victor : Qu'est-ce qu'apprendre ? : L’apprentissage est un processus cognitif qui est lié à la perception (13/09/2023)
L’apprentissage est un processus cognitif qui est lié à la perception, et l’organisation des informations reçues par l’environnement. Le processus cognitif permet à l’organisme d’utiliser son expérience passée pour assimiler l’organisation de son environnement, et les conséquences de ses propres actions. Il contribue donc à l’autorégulation et à l’adaptation des comportements.
Celine Alvarez : Plasticité cérébrale : 4 règles ♦
« … le cerveau ne conserve que les connexions les plus fréquemment utilisées, par conséquent, ce sont les expériences quotidiennes de l’enfant qui s'encodent et structurent directement l’architecture de son cerveau. »
Trois conditions déterminent ce processus cognitif :
1. La particularité du sujet, car l’apprentissage s’inscrit dans le déroulement de l’histoire de chacun, sur la base de ses expériences passées. (important pour l’autisme, les carences socio-éducatives, l’échec scolaire).
C’est un processus qui permet au sujet d’utiliser ses expériences passées pour agir sur son environnement actuel en modifiant son comportement grâce aux nouvelles connaissances acquises.
L’apprentissage est une affaire personnelle, il concerne une relation sujet-objet.
(Important pour travailler sur l’accessibilité aux apprentissages. Ex : chronologie différente selon le profil, l’âge et le niveau de l’usager. Cf : Rita Pierson: Tout enfant a besoin d'un champion. (Rita Pierson | TED Talks Education) https://go.ted.com/ZLhe
2. L’apprentissage : c’est la représentation (image mentale) qu’un individu se fait des objets de son environnement. La représentation se construit à partir de 3 éléments : l’objet de référence (la réalité du monde extérieur), le système symbolique utilisé par l’individu pour se le représenter : (dessin, langage), et le sens qu’il lui attribue (propriétés et fonctions que j’attribue à l’objet en question). La représentation acquière le statut de connaissance quand elle devient valide pour des situations larges : ex pourquoi les objets flottent sur l’eau : parce qu’ils sont légers (situation restreinte) ; compréhension de la notion de « flotter » situation large).
3. Les modifications des représentations ne se manifestent pas toujours par des modifications de comportement. Par exemple un élève peut avoir compris la notion du nombre et de ses propriétés (rapport chiffre-quantité), mais ne pas être performant lors des contrôles scolaires pour d’autres raisons : manque de confiance en lui, peur du maitre, … c’est pour cela qu’il est nécessaire de croiser les regards d’une équipe pluridisciplinaire lors de l’élaboration de l’outil, et d’envisager les apprentissages, par une double approche : sociologique, et psychologique.
La notion d'apprentissage d'un point de vue psychologique
D’un point de vue psychologique : on aborde la notion d’apprentissage : (en termes de développement des compétences → autonomie), cela revient à dire qu’on fait en sorte que l’usager progresse dans son action sur sa capacité d’action sur l’environnement.(vie quotidienne, situations réelles..).
C’est la théorie du constructivisme, développée par Piaget, qui accorde un rôle majeur à l’action dans le développement des connaissances. L’action construit la réalisation de schèmes (intériorisation de l’action) par la manipulation. Piaget : théorie du constructivisme
L’action décrite ici peut être associée à la notion d’activité. L’activité est un facteur essentiel dans la motivation de « l’apprenant », elle représente l’aspect dynamique du comportement de l’apprenant. (EX : pédagogie Frénet). Montessori : la pédagogie Frenet
Le dernier point important est de penser à la médiation. Le médiateur est souvent l’enseignant, ou un camarade lors de travaux de groupe, il crée l’interaction. Les interactions animent, réveillent, des conditions favorables aux apprentissages : curiosité, motivation à poursuivre la découverte… L’interaction est un vecteur favorisant la communication.
La notion d'apprentissage d'un point de vue sociologique
D’un point de vue sociologique : Il est important de considérer l’approche sociologique de l’apprentissage pour prendre en compte la différence liée au mode d’accès à l’apprentissage de nos usagers : (personnalité du jeune, son histoire, les difficultés liées aux symptômes qui l’affecte).
C’est la notion du rapport au savoir : c’est-à-dire la manière dont chaque individu s’approprie la méthode pour accéder à un apprentissage. Le sens (la valeur) que l’usager donne à l’apprentissage, (affectif, besoins,) .
Le processus cognitif est directement lié au « Rapport au savoir »
Cf : Du rapport au savoir éléments pour une théorie. Bernard Charlot Ed. Anthropos. (1999)
Bernard CHARLOT est Professeur de sciences de l'éducation à l'Université Paris VIII Saint-Denis.
Éléments de compréhension : Analyser le “rapport au savoir” des élèves pour comprendre leur réussite et leurs échecs.
Résumée par Gilbert Orsi (Formateur IUFM), pour B.CHARLOT, cela suppose plusieurs choses :
- Une lecture en “positif” des actions des élèves, en ne pointant pas seulement ce qu'ils n'arrivent pas à faire, mais la part de ce qu'ils réussissent à faire. La lecture en négatif pointe les manques, celle en positif cherche à comprendre comment l'élève en est arrivé là, quel est le sens de ses actions, pourquoi un tel mode de fonctionnement, par où est-il passé, quelle a été son histoire d'élève ?
- Pour qu'il y ait“ activité” il faut que l'élève “se mobilise”, pour qu'il se mobilise il faut que la situation présente pour lui du “sens” :
- “Se mobilise”: (plutôt que se motive) mobiliser c'est mettre des ressources en mouvement. Pour se mobiliser il faut de bons mobiles. Il faut que le but visé soit mobilisateur d'actions. “L'enfant se mobilise dans une activité lorsqu'il s'y investit, fait usage de soi comme d'une ressource, est mis en mouvement par des mobiles qui renvoient à du désir, du sens, de la valeur”.
Ainsi, dit B.CHARLOT, “le savoir est construit dans une histoire collective qui est celle de l'esprit humain et des activités de l'homme, et il est soumis à des processus collectifs de validation, de capitalisation, de transmission”. Le sujet entretient avec le monde des rapports de diverses sortes (il y a différentes manières d'investir le savoir et différents mobiles pour l'investir : l'élève apprendra aussi bien pour avoir une bonne note, un bon métier plus tard, faire plaisir à son professeur, que pour éviter une punition. La valeur spécifique du savoir est dépassée, “le savoir prend sens dans un autre système de sens”.
C'est pourquoi tout savoir est en fait un rapport au savoir.
B. CHARLOT propose quelques repères :
- Apprendre c'est établir un rapport au monde :
B CHARLOT dit “ apprendre c'est déployer une activité en situation ” : les lieux dans lesquels l'enfant apprend ont des statuts divers (ex. la famille, la cité = lieu de vie, ex. l'école = lieu d'instruction). Si ces lieux se recoupent (ex. école = apprendre à vivre ensemble + s'instruire), il faut admettre que certains sont plus investis que d'autres. De plus, l'enfant sera plus ou moins sensible au statut de celui qui donne à apprendre : prestige, sympathie, professionnalisme, poids institutionnel…Enfin, la situation est aussi marquée par un moment. elle est fonction des représentations, des perceptions du sujet compte tenu de sa maturité, de son histoire, de ses projets.
- Apprendre c'est établir un rapport à soi-même :
Pour se transformer, pour devenir quelqu'un. “ La réussite scolaire produit un puissant effet de réassurance et de renforcement narcissique et l'échec de gros dégâts dans la relation à soi-même”.
- Apprendre, c'est établir un rapport à l'autre :
« L’autre » n’est pas seulement celui qui est physiquement présent, qu'on admire ou déteste, mais aussi le “ fantôme de l'autre ” que chacun porte en soi : comprendre (ou faire) quelque chose que quelqu'un d'autre n'arrive pas à comprendre (ou à faire), entrer dans “ la communauté virtuelle ” de ceux qui en sont capables.
Ainsi, pour B CHARLOT, “ un cours intéressant est un cours où se noue un rapport au monde, un rapport à soi et un rapport à l'autre ”.
Autrement dit, ce n'est bien souvent pas le savoir lui-même qui est objet de mobilisation mais le rapport par exemple que l'élève entretient avec l'enseignant (rapport à l'autre) “ j'aime les maths parce que j'aime le prof).
” Il n'est pas de savoir sans rapport au savoir “
Qu'est-ce que le " rapport au savoir " ?
Pour Jacky Beillerot, fondateur de l'équipe “Savoirs et rapport au savoir Paris X” ( dans le “Dictionnaire encyclopédique de l'éducation et de la formation”).
Le rapport au savoir peut se définir comme un ” processus par lequel un sujet, à partir de savoirs acquis, produit de nouveaux savoirs singuliers lui permettant de penser, de transformer et de sentir le monde naturel et social. “
C'est-à-dire que le rapport au savoir est avant tout un processus, jamais figé, qu'il évolue tout au long de la vie, à partir de ce que nous savons ou non et de la façon dont nous nous situons par rapport à ces savoirs et au fait même de savoir ou de ne pas savoir. Ces ” dispositions “ nous permettent alors d'acquérir de nouveaux savoirs et d'en transmettre ou d'en écarter certains, ce qui contribue à faire évoluer notre rapport au savoir.
Par ailleurs, le rapport au savoir est toujours singulier, il se construit en fonction de l'histoire de chacun et chacune et s'insère donc dans une dynamique familiale, sociale et historique. Enfin, cette définition insiste sur la notion de sujet, et inclue donc la dimension inconsciente. De P. Champy et C. Etévé (Nathan, 1994)
Autres références :
- CHARLOT Bernard, « Rapport au savoir et contradictions de l’apprendre à l’école », Le sujet dans la cité, 2017/2 (N° 8), p. 239-250. DOI : 10.3917/lsdlc.008.0239.

